Ma douce amie, mon tendre amour,
Nous nous sommes rencontré dans ce train qui me ramenait dans la ville de mon enfance, après plusieurs années passées
dans un pensionnat. J'y faisais mes études de droit pour devenir avocat, comme mon père. Celui-ci, d'ailleurs avait pour idée de me prendre dans son étude afin de me faire faire mes premières
armes et un jour, prendre sa succession.
Mon père avait souhaité me revoir, il avait beaucoup insisté, c'était urgent disait-il. Pourtant, mes études n'étaient pas terminées, il me restait seulement deux mois avant le passer mon
diplôme. Face à son insistance, je n'ai pu prétexter une quelconque excuse pour ne pas descendre le voir.
Je me rappelle vous avoir aidez en portant votre valise et en vous accompagnant jusqu'à votre place.
A cet instant, vous m'aviez séduit...
Vous étiez en seconde e, dans une cabine prévue pour une huitaine de personnes ; moi en première. Afin d'être à vos
côtés, j'ai échangé mon billet avec celui qui aurait du être votre compagnon de voyage, un vieil homme ravit d'y gagner au change.
Je n'ai cessé de parler de mes études, de mes projets d'avenir, de mon enfance. Vous m'écoutiez avec attention, me regardiez les yeux emplis d'étoiles et avec ce petit sourire charmeur dessiné
sur vos lèvres, attendrissant, qui me faisait perdre tous mes moyens. Je bafouillais, je répétais plusieurs fois mes mots lorsque je n'en oubliais pas le fils de la conversation. Cela vous
faisait rire...
Vous étiez tellement belle...
Et puis, il y a eu cet instant où ma main à frôler la votre. Vous m'avez regardé droit dans les yeux avec une légère crainte mais j'y lisais aussi cette phrase que vous n'osiez dire, même en murmures, ce que je n'aurais jamais pu espérer entendre de vous, ce que je n'aurai jamais pu faire sans vos encouragements.
Embrassez-moi...
Je me suis rapproché de vous, j'ai pu respirer le parfum si délicat qui habillait votre peau ; une senteur sucrée qui me donnait envie d'en découvrir l'arôme en laissant parcourir ma langue dans le creux de votre cou. C'était la subtilité de la violette, j'en savoure encore son goût dans ma bouche lorsque je ferme les yeux en pensant à vous.
C'était si exaltant...
Vous avez lentement laissé aller votre tête en arrière comme pour mieux vous offrir à moi. Vos paupières étaient fermées afin de mieux apprécier ces quelques secondes d'intenses bonheurs, oubliant les autres voyageurs certainement indignés, voire choqués par notre comportement outrageant.
J'ai compris que je vous aimerai à la folie...
Et puis mes lèvres impatientes de se mêler aux vôtres, se sont approchées de votre bouche humidifiée par l'excitation de mes caresses. Enivré par le souffle chaud et fébrile de votre respiration, elles se sont retrouvées pour fusionner dans un ultime et voluptueux baiser d'une esquisse douceur. Elles étaient destinées l'une à l'autre comme créer pour se rencontrer, s'épouser et ne jamais se séparer.
J'aurai aimé que ce moment dure toute la vie...
Les voyageurs indignés nous ont interrompu et expulsé en dehors de la cabine ; mais quel importance ! Nous étions ensembles dans le couloir, enlacés, votre tête sur mon épaule que je caressais inlassablement. Je regardais les paysages défiler devant mes yeux à la vitesse de ce train qui ne tarderait pas à s'arrêter et vous à emmener auprès des vôtres, à vous contraindre de me quitter. Je ne pouvais m'y résigner, moi qui imaginais déjà ma vie à vos côtés.
Je vous attendais depuis toujours et vous étiez, là, dans mes bras...
Le train est entré en gare. Je ne voulais pas vous abandonner mais nos chemins se séparaient ici, à tout jamais, très
certainement. Je ne pouvais espérer qu'un jour ou l'autre nos destins ne se croiseraient à nouveau, au hasard de la vie.
Debout sur le quai, votre valise à la main, vous m'avez regardé. J'ai vu votre regard attristé, vos larmes au bord des yeux, celle qui coulait déjà sur votre joue. Je n'ai pas pu y résister. Vous
n'avez prononcé aucun mot mais vos pensées se sont exprimées, comme par télépathie, me suppliant.
Restez avec moi, ne me laissez pas déjà...
J'ai alors sauté du train en marche et nous avons passé le reste de la journée ensemble à nous aimer passionnément dans
cette chambre d'hôtel proche de la gare. Je vous ai quittée le lendemain matin, vous promettant de revenir vous voir ; me jurant d'annoncer à mon père que j'avais enfin trouver l'amour de ma vie,
que je souhaitais passer ma vie auprès de vous.
Nous avons échangé nos adresses, vous demandant de m'écrire uniquement à l'adresse de l'université garantissant ainsi la confidentialité de nos échanges.
J'étais fou de vous...
Je suis devenu fou de rage lorsque de retour, le lendemain, chez mon père, il m'a annoncé la raison de ma venue en ces lieux. Il venait de me fiancer à la fille de son associer, la cérémonie devait avoir lieu dans un mois. Afin d'assurer ton avenir mon fils...
NON !!! Afin de détruire ma vie !!!
Cette pensée foudroyante n'a traversée que mon esprit, je n'ai pas eu le courage d'affronter sa colère. Je me suis plié
à ses exigences.
Ma douce, ma très chère amie, je ne suis pas digne de votre amour pour moi. Je me maudis chaque matin lorsque je me regarde dans un miroir, je voudrais tant pourvoir vous rejoindre et me perdre
dans vos bras... Mais cela nous est désormais impossible. Il a tout de suite publié les bancs.
Oublier-moi mon amour...
Dorénavant, je n'aurai pour compagnon de mes jours et de mes nuits, que ce sentiment de culpabilité de ne pas avoir été un homme. Je me refuserai à cette femme que je connais à peine. Je grève d'envie de la faire souffrir, de lui faire regretter d'avoir pris votre place auprès de moi. Je ne l'honorerai pas ; ou bien au contraire, je le ferai en y mettant toute ma hargne et tout mon dégoût de moi-même, labourant ses entrailles afin de me venger, de l'asservir, de l'entendre implorer ma grâce en hurlant. Je ne lui accorderai qu'au seul moment où je sentirai monter en mon être, ma semence que son corps indigne ne pourrait recevoir. Je partagerai ce plaisir de jouissance, en solitaire, en ayant pour unique pensée votre visage enchanteresque.
Je suis perdu, mon amour est brisé à jamais...
Je vous aime comme un fou, mais un fou lâche qui ne vous mérite pas. Haïssez-moi, oubliez-moi, mon tendre amour... Mais je vous en conjure, prenez soin de vous.